Un week-end à Cracovie, entre mémoire et saveurs polonaises
- J'irai où tu iras
- 31 déc. 2025
- 8 min de lecture
Mi-novembre, nous avons passé un week-end avec la famille d'Inès à explorer la ville de Cracovie, dans le sud de la Pologne, où son frère étudiait pour quelques mois. Tout au long du séjour, nous nous sommes immergés dans la culture polonaise, dans l'histoire lourde et tourmentée du pays, mais aussi dans les saveurs de sa cuisine réconfortante. Un voyage marquant que nous vous retraçons dans cet article.

Vendredi 14 novembre 2025 - 10h30 :
Notre exploration de la vieille ville (« Stare Miasto ») a débuté le long de la Floriańska. Cette artère animée s’étend de la Porte Saint-Florian — l’une des dernières traces des remparts médiévaux de Cracovie détruits au XIXème siècle — à la superbe Place du Marché (Rynek Główny).
Rynek Główny est la plus grande place médiévale d’Europe. En son centre se dresse l’imposante Halle aux draps et ses sublimes arcades. Ce carrefour du commerce local abrite plusieurs boutiques — pas toujours très authentiques — dont plusieurs vendent des objets à base d´ambre, une résine omniprésente dans l’artisanat de Cracovie.
À 11h, nous avons été surpris par la mélodie d’un trompettiste qui retentissait au sommet du clocher de la Basilique Sainte-Marie. Il s’agit d’une tradition respectée toutes les heures depuis près de 8 siècles !

Cette magnifique basilique gothique est dominée par deux tours de hauteurs différentes. La plus haute est ornée d’une couronne dorée. À l’intérieur, nous avons été subjugués par son plafond voûté étoilé et son immense retable en bois — le plus grand d’Europe — qu’une sœur a ouvert sous nos yeux lors d’un rituel aussi inattendu que solennel.
La découverte des premiers charmes de la vieille ville de Cracovie a bien entamé notre appétit. Il a pu être délicieusement satisfait chez Hawelka, un restaurant polonais où nous avons pu savourer des pierogis farcis à la viande — en terrasse s’il vous plaît — sur la Place du Marché. Je raffole de ces raviolis traditionnels d’Europe de l’Est !

Nous avons quitté la vieille ville de Cracovie pour partir à la découverte de la célèbre Mine de sel de Wieliczka. Aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’Unesco, cette « cathédrale de sel » atteint une profondeur de 327 mètres et s’étend sur plus de 300 kilomètres de galeries. Pendant près d’1h30, nous avons appris, grâce à notre guide, de nombreuses anecdotes sur l’histoire de ce lieu aussi fascinant que vertigineux, dont les origines remontent aux XIIIème siècle.
Nous avons pu parcourir une magnifique succession de salles, chapelles, lacs souterrains et sculptures, qui sont autant de témoins de l’exploitation du sel dans la région.
Le moment le plus fort et surprenant de la visite fut notre arrivée en surplomb de la chapelle Sainte-Cunégonde, d’une longueur impressionnante de 54 mètres et à la décoration entièrement à base de sel. Nous avons appris qu’il est même possible de s’y marier.
Une fois sortis de la mine — après n’en avoir exploré que 2 % de sa surface (!) — nous sommes allés goûter de délicieux biscuits traditionnels et des chocolats chauds réconfortants au Rynek Café, situé non loin de là.

Le soir, une fois de retour à Cracovie, nous avons dîné chez Pierwszy Stopien, un restaurant qui propose une cuisine polonaise savoureuse et accompagnée d’une touche de modernité. Mention spéciale pour leurs cocktails, leurs brochettes de poulet flambées devant nos yeux, et leurs ribs !
Samedi 15 novembre 2025 - 14h :
Notre deuxième journée fut principalement consacrée à la visite du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz, situé à près de 70 kilomètres de Cracovie et divisé en plusieurs parties. Nous nous y sommes rendus en bus depuis la gare centrale de la ville.
La visite a débuté par le camp de concentration Auschwitz I et la traversée de son portail d’entrée surmonté du panneau « Arbeit macht frei » (le travail rend libre). Elle s’est poursuivie à travers les différents blocks de l’enceinte, qui se concentrent chacun sur un aspect du quotidien des prisonniers et déportés du camp.
Travail forcé, saisie d’effets personnels, conditions d’hygiène et de vie déplorables, expérimentations médicales terrifiantes, actes de torture, ou exécutions sommaires sont autant de sujets glaçants traités par le musée. Auschwitz I est le camp d’origine, ouvert en 1940. Il a d’abord servi de camp de concentration pour des prisonniers politiques polonais, puis pour d’autres catégories de détenus (résistants, prisonniers de guerre soviétiques, Juifs, Roms). Les nazis y ont testé le Zyklon B dans la toute première chambre à gaz, encore visible aujourd’hui. La traversée de cette pièce insoutenable, où se trouve également un four crématoire, marque d’ailleurs la conclusion de la visite d’Auschwitz I.
Nous avons ensuite pris une navette pour nous rendre au camp d’extermination d’Auschwitz II-Birkenau, situé à quelques kilomètres de là. Il a été le théâtre, dès 1942, de la mise en œuvre de la « Solution finale » nazie, et ce jusqu’à sa libération en janvier 1945, il y a 80 ans.
J’ai d’abord été frappé par le silence et l’immensité des lieux. La nuit commençait à tomber et le vent traversait les rails menant au portail d’entrée, tant de fois vu dans les livres d’histoire. Les baraquements s’étendaient à l’infini, alignés, froids, vides, et pourtant chargés d’une présence écrasante. Les ruines des chambres à gaz et des fours crématoires — détruits par les allemands au moment où ils ont quitté le camp — apparaissaient dans la pénombre, vestiges de plusieurs installations pensées pour tuer à une échelle industrielle. 1,1 million de personnes, principalement des juifs, y ont été exterminées.
La visite d’Auschwitz n’est évidemment pas une visite comme les autres. Importante pour le devoir de mémoire, elle laisse une trace durable, encore très présente au moment où j’écris ces lignes.
Le soir, nous avons dîné à Cracovie dans un restaurant de cuisine traditionnelle polonaise, le W Starej Kuchni, où nous avons pu notamment goûter un délicieux kotlet schabowy. Il s'agit d'un plat typique de la gastronomie locale, à base d'une côtelette de porc panée et frite, servie avec des pommes de terre et de la salade de chou.
Dimanche 16 novembre 2025 - 10h :
Après avoir savouré un délicieux petit-déjeuner à notre hôtel, le Polski Pod Białym Orłem, nous avons remonté le temps au Château royal du Wawel, construit au XIVème siècle. Il est l’un des lieux les plus emblématiques de Cracovie et de l’histoire polonaise. Ancienne résidence des rois, il domine la colline du même nom et mêle architecture médiévale, Renaissance et baroque.
Nous avons d’abord visité ses salles d’État, qui sont de vastes pièces richement décorées, utilisées autrefois pour les cérémonies officielles et la vie de la cour. Puis, nous avons découvert la section consacrée aux tentes ottomanes. Ces tentes spectaculaires représentaient un butin de guerre lors des victoires polonaises sur l’ancien Empire ottoman. Elles nous ont impressionnées par la finesse de leurs broderies et nous ont apportées un regard singulier sur l’histoire militaire et diplomatique de la Pologne.
Notre visite du Château du Wawel s’est poursuivie dans ses magnifiques espaces extérieurs — que nous avons préférés — et dans sa cathédrale. Nous avons particulièrement apprécié gravir une de ses tours. L’expérience était une véritable aventure en soi, tant les escaliers permettant d’atteindre son sommet étaient étroits et entremêlés de poutres. La vue sur Cracovie que l’on pouvait y contempler était une belle récompense !
Nous avions bien mérité ensuite une pause dans la vieille ville. Shopping, d’abord, dans l’excellente boutique de souvenirs locaux Hello Handmade. Gustative ensuite, au Zarówka Cafe. Ce chaleureux café situé dans une arrière-cour propose des boissons et des pâtisseries idéales pour un goûter réconfortant.
Après avoir dîné au restaurant de notre hôtel et célébré comme il se doit l’anniversaire d’Inès, nous sommes allés tous les deux nous balader dans la vieille ville de nuit.
Une fois arrivés sur la Place du Marché, nous avons eu la bonne surprise de tomber sur une fête improvisée par un groupe de jeunes polonais, accompagnés d’une enceinte. Nous en avons alors profité pour les rejoindre le temps de quelques chansons.
À la nuit tombée, l’atmosphère de la place n’avait plus rien à voir avec celle de la journée. Les groupes de touristes avaient laissé la place aux habitants, attablés aux terrasses des bars et des restaurants, dans une ambiance plus locale et festive. Les monuments se paraient quant à eux de leurs plus beaux habits de lumière.
J’ai ensuite poursuivi la soirée en m’aventurant seul jusqu’au Château du Wawel, lui aussi illuminé. J’en ai fait le tour, jusqu’à arriver au pied de sa statue du dragon, qui crache régulièrement du feu au bord de la Vistule, le fleuve qui traverse la ville.
Une légende raconte que la créature terrorisait autrefois les habitants de Cracovie. La ville fut sauvée lorsqu’un cordonnier a rempli un mouton de soufre, qui tua le dragon affamé. Depuis, le monstre est devenu l’un des emblèmes de Cracovie.
Lundi 17 novembre 2025 - 10h :
Une grande partie de notre dernier jour à Cracovie a été consacrée à la découverte de son important héritage juif. Après avoir quitté la famille d'Inès, nous sommes allés visiter l’ancienne Usine d’Oskar Schindler, aujourd’hui transformée en musée. Son parcours très immersif nous a plongé dans le quotidien de Cracovie sous l’occupation nazie, racontant avec une force saisissante la vie dans le ghetto, la peur permanente, les privations et la déshumanisation progressive.
Le ghetto de Cracovie, créé par les nazis en 1941, a existé jusqu’à sa liquidation en 1943. Environ 15 000 Juifs y furent enfermés dans des conditions inhumaines, la majorité ayant été ensuite déportée et exterminée.
Oskar Schindler était quant à lui un industriel allemand, membre du parti nazi. Il a sauvé plus d’un millier de Juifs en les employant dans cette ancienne usine d’émail devenue musée, en les protégeant ainsi de la déportation. Il était une figure complexe, à la fois opportuniste et humaine. Son histoire fut rendue mondialement célèbre par La Liste de Schindler, un film de Steven Spielberg dont plusieurs scènes furent tournées à Cracovie.
Notre visite s’est poursuivie dans le quartier de l’ancien ghetto de Podgórze, où subsiste notamment le dernier morceau de son mur d’enceinte.
Puis, après avoir traversé la Vistule, notre parcours nous a mené à Kazimierz, le quartier juif de Cracovie. Synagogues, cimetières, street art et lieux culturels retraçaient chacun à leur manière l’histoire d’une communauté autrefois florissante et profondément ancrée dans l’identité de la ville.
Longtemps laissé à l’abandon après la guerre, Kazimierz a été progressivement redynamisé à partir des années 1990, devenant aujourd’hui l’un des quartiers les plus vivants et créatifs de Cracovie. Ses adresses food et shopping tendances — comme la belle boutique de souvenirs Art Factory — contrastent avec l’histoire des lieux.
À l’heure du déjeuner, une pause chez Bagel Mama nous a permis de savourer de délicieux bagels, à l’abri d’une pluie qui n’en finissait pas de tomber.

L’après-midi, nous sommes retournés une dernière fois dans la vieille ville, alors que la pluie avait redoublé d’intensité. On y a d’abord visité l’église franciscaine, célèbre pour ses vitraux contemporains dessinés par Stanisław Wyspiański. Loin des vitraux religieux traditionnels, ces compositions florales modernes et très colorées représentaient différentes variétés de fleurs polonaises.
Pendant qu’Inès s’installait dans un café pour se mettre au chaud, je suis ensuite monté en haut de la Tour de l’Hôtel de ville. Située au cœur de la Place du Marché, elle est la seule trace encore visible de l’ancien Hôtel de ville médiéval de Cracovie. Après avoir gravi ses près de 110 marches et traversé ses différents étages, j’ai été récompensé par une vue imprenable sur la ville, bien qu’un peu obstruée par la pluie battante.
Je suis ensuite passé par le Collegium Maius, le plus ancien bâtiment de l’Université Jagellonne, fondée au XIVᵉ siècle. Ce superbe ensemble en brique rouge, organisé autour d’une cour gothique, rappelle que Cracovie fut longtemps un grand centre intellectuel européen, où étudia notamment l’astronome polonais Nicolas Copernic.
Avant que l’on ne quitte la ville, j’ai retrouvé Inès dans son café, au Nowa Prowincja, pour m’y réchauffer autour d’un bon chocolat chaud et de délicieuses pâtisseries.
Ce fut une conclusion idéale à un week-end en famille particulièrement riche en découvertes ! Nous avons été marqués par la force de la lourde histoire de Cracovie, mais aussi par la beauté de sa vieille ville et les saveurs réconfortantes de la cuisine polonaise. Nous garderons — pour longtemps — de nombreux souvenirs de notre premier séjour en Pologne !

























































































































































































































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