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Sur la route du thé, dans les hauteurs du Sri Lanka

Après avoir exploré le triangle culturel et plongé dans l’histoire millénaire du Sri Lanka, entre anciennes capitales, vestiges royaux et spiritualité bouddhiste, j'ai changé de décor et d'atmosphère. Direction pour quelques jours les hauteurs du centre de l’île, une région montagneuse façonnée par les plantations de thé, héritage direct de la période coloniale britannique. Ici, les paysages s’étirent en collines verdoyantes, les températures se rafraîchissent et les brumes viennent parfois envelopper les reliefs. Une autre facette du pays, plus contemplative, mais tout aussi inoubliable !



Samedi 14 mars 2026 – 7h30 :

J’ai quitté Kandy à l’aube pour prendre la route en taxi en direction d’Ella, avec environ six heures de trajet prévues et plusieurs arrêts en chemin. Très vite, la ville s’est effacée derrière moi pour laisser place à de premières routes sinueuses, bordées de végétation.


Premier arrêt à l’usine Oak Ray Tea Bush, où j’ai pu découvrir les différentes étapes de fabrication du thé. Du séchage des feuilles fraîchement cueillies jusqu’à la fermentation, le roulage, puis le tri, tout est pensé avec une précision mécanique. On m’a aussi expliqué les différences entre les types de thé : le thé vert, peu oxydé, conserve une saveur plus végétale et moins de caféine ; le thé noir, entièrement oxydé, est plus corsé et plus riche ; et le thé blanc, beaucoup plus rare, est considéré comme le plus raffiné, car produit à partir des jeunes bourgeons, avec très peu de transformation.



La visite s’est terminée par une dégustation d'une dizaine de thés aux intensités progressives sur une terrasse avec vue sur les collines et les rizières environnantes. J’ai eu un vrai coup de cœur pour leur thé aromatisé aux fruits rouges. J’ai d’ailleurs voulu en acheter, mais en lisant un peu trop vite le prix, je me suis fait légèrement "surprendre" en caisse. Même si l’arrêt était clairement touristique, la qualité des thés valait le détour.



À quelques mètres de là, une courte pause m’a permis d’apercevoir les Devathurai Ella Falls, une cascade visible directement depuis la route, parfaite pour un arrêt rapide et quelques photos avant de reprendre le trajet.



Au fil des kilomètres, les paysages ont progressivement changé. Les plaines ont laissé place à des collines, les forêts se sont densifiées et les premières plantations de thé sont apparues, dessinant des lignes presque géométriques sur les pentes. Je percevais aussi encore les stigmates du cyclone qui a frappé la région fin 2025, avec des traces de glissements de terrain à flanc de colline.



En fin de matinée, je me suis arrêté à Nuwara Eliya, souvent surnommée la “petite Angleterre” du Sri Lanka. Située à plus de 1 800 mètres d’altitude, c’est la ville la plus élevée du pays, développée par les Britanniques au XIXe siècle comme station de villégiature pour échapper à la chaleur des plaines. L’influence coloniale y est encore très présente, avec ses maisons aux toits colorés, ses jardins soignés et son atmosphère presque hors du temps.

Je me suis arrêté devant le bureau de poste historique, un bâtiment emblématique de la ville, où j’ai pris le temps d’écrire une carte postale pour Inès.



J’ai ensuite marché le long du lac Gregory, un lac artificiel lui aussi aménagé à l’époque coloniale. L’endroit est agréable, même si l’entrée est payante et que l’ambiance fait parfois un peu parc de loisirs, avec des activités comme le bateau ou le jet ski. Cela reste néanmoins une promenade agréable, avec une vue dégagée sur les collines environnantes.



En début d’après-midi, je suis arrivé à Ella, l’un des principaux points de chute de la région. Le village, niché entre plusieurs collines, s’est largement développé avec le tourisme. Sa rue principale, animée et bordée de restaurants et de boutiques, manque parfois de charme, mais l’environnement naturel qui l'entoure compense largement. Mon hébergement, le Green Village, offrait ainsi une vue imprenable depuis la terrasse sur Ella Rock, l’un des sommets emblématiques des environs. Après avoir posé mes affaires, j’ai pris quelques minutes pour simplement profiter du panorama.



Je suis ensuite allé déjeuner chez Grandma’s Kitchen, un petit restaurant familial où j’ai goûté un rice & curry au bœuf particulièrement réussi, accompagné de légumes. L’après-midi, je me suis baladé dans la rue principale. Sans être particulièrement authentique, elle réserve quelques bonnes surprises, notamment certaines boutiques. J’ai fait un arrêt chez I Love Ceylon, qui propose des souvenirs et des cartes postales au style rétro, puis chez Chill Bay Ella.



Après une pause en fin de journée, je suis ressorti pour dîner à The White Rabbit. L’endroit propose une cuisine sri-lankaise revisitée avec une touche plus moderne. J’y ai goûté un délicieux thé glacé à l’hibiscus et de savoureux rotis au poulet, présentés sous forme de tacos.



Dimanche 15 mars 2026 – 6h30 :

Je me suis levé tôt ce matin pour ne pas manquer le lever du soleil depuis la terrasse de mon logement. Face à moi, l’Ella Rock et, au loin, les reliefs du sud du pays qui semblaient s’étirer jusqu’à l'infini. Les premières lueurs dessinaient progressivement les montagnes dans une palette de couleurs douces. Après cette parenthèse, je me suis rendormi quelques instants, avant de profiter d’un petit-déjeuner sri lankais face à cette vue toujours aussi sublime.



Je suis ensuite parti en direction du Little Adam’s Peak, une randonnée courte et accessible qui débute à proximité d’un parc d'attractions. Le sentier serpentait à travers les plantations de thé et menait à un point de vue spectaculaire, faisant face à l’Ella Rock et ouvrant sur les montagnes du sud de l’île.



La visibilité une fois au sommet était spectaculaire et j’ai même pu apercevoir au loin une cascade se frayant un chemin dans la végétation. La montée restait relativement facile, malgré la chaleur déjà bien installée en milieu de matinée.



Après être redescendu, j’ai poursuivi à pied vers un autre lieu emblématique d'Ella : le Nine Arch Bridge. Une courte marche en forêt permet de rejoindre le site depuis la route principale, et j’ai été assez surpris de traverser une pinède en chemin. Ces pins ne sont pas originaires du Sri Lanka : ils ont été introduits durant la période coloniale britannique, notamment pour stabiliser les sols et accompagner le développement des plantations de thé, donnant parfois à certains paysages des airs inattendus du sud-ouest de la France.



Le pont en lui-même dépasse largement son statut de simple spot Instagram. Construit au début du XXème siècle sous domination britannique, il est entièrement fait de pierre et de briques, sans armature en acier — une prouesse rendue possible grâce au savoir-faire local. Si beaucoup de visiteurs viennent assister au passage d'un train (il y en a plusieurs dans la journée), je n’avais pour ma part pas calé ma visite en fonction de cela.



Je suis donc monté jusqu’au Asanka Café, perché au-dessus du pont, pour m’offrir une pause bien méritée autour d’un jus mangue-ananas. L’ascension, faite de nombreuses marches raides sous la chaleur, se mérite largement. J’y suis resté plus d’une heure, profitant du calme et de la vue, jusqu’à entendre le gérant annoncer l’arrivée imminente d’un train. Par curiosité, j’ai attendu — et, il faut l’avouer, voir le train traverser lentement le pont au milieu de cette végétation luxuriante avait quelque chose de très cinématographique. Une carte postale touristique… mais qui fait aussi partie du charme d'un voyage !



À midi, j’ai repris le chemin du village à pied à travers la forêt, avant de déjeuner chez House of Kitchen, où j’ai dégusté un kottu aux légumes particulièrement réconfortant. L’après-midi, j'ai pris la direction de la gare d’Ella pour prendre le train. Mais à peine arrivé, une averse tropicale assourdissante s’est abattue. J’ai heureusement pu m’abriter à temps sous le hall de la gare.



Prendre le train au Sri Lanka est une expérience à part entière. Le réseau, encore marqué par les dégâts du cyclone de fin 2025, ne fonctionnait que partiellement, mais j’ai eu la chance d’emprunter une portion du trajet mythique entre Ella et Kandy, jusqu’à Haputale.



Installé en seconde classe, j’ai découvert un rythme lent, apaisant, et propice à la contemplation. Le train serpentait à travers les montagnes, offrant de superbes panoramas : cascades, comme la Kital Ella Waterfall, rizières, plantations de thé enveloppées de brume, scènes de vie rurales… Le tout dans une atmosphère paisible, ponctuée par le passage de vendeurs ambulants montant à bord pour proposer cacahuètes, thé ou snacks. Un véritable voyage dans le voyage.



Malgré la pluie persistante, ce trajet hors du temps restera sans doute comme l’un des plus beaux que j’ai pu faire en train. L’arrivée, elle, a été plus inattendue. À quelques centaines de mètres de la gare d'Haputale, le train s’est immobilisé, bloqué derrière un autre train en panne. Après quelques minutes d’attente, les passagers ont commencé à descendre directement sur les voies pour rejoindre la gare à pied. Une scène un peu surréaliste, presque improvisée, que mon hôte décrira plus tard comme une “arrivée à la sri lankaise”.



Je séjournais au White Lotus Hotel, co-géré par une Française expatriée sur l’île, sur le point de se marier avec son compagnon sri lankais. L'endroit offrait aussi une magnifique vue sur les montagnes au nord d’Haputale. En fin de journée, j’ai profité de la terrasse de ma chambre pour me reposer, avant de savourer un dîner simple mais réconfortant. Une soirée paisible, idéale pour conclure cette journée bien remplie — d’autant plus que le réveil du lendemain s’annonçait très matinal.



Lundi 16 mars 2026 – 4h30 :

Je me suis levé bien avant l’aube pour prendre un tuk-tuk en direction du Lipton’s Seat, perché à près de 2 000 mètres d’altitude, au cœur des plantations de thé. Quarante-cinq minutes de montée dans l’obscurité, sur une route sinueuse, avec en ligne de mire ce lieu mythique rendu célèbre par Sir Thomas Lipton lui-même. C’est ici que le magnat écossais qui a joué un rôle clé dans la renommée du thé du Ceylan dans le monde venait contempler ses plantations à la fin du XIXème siècle.



À mon arrivée, les premières lueurs du jour commençaient à percer l’horizon. Nous n’étions que cinq, à peine, sur le site. Un privilège. Et puis, lentement, le soleil est apparu au-dessus de lointains nuages et la lumière a envahi les collines, révélant une vue à couper le souffle sur toute la région… jusqu’à l’océan Indien. Pas un nuage, une visibilité exceptionnelle — même mon chauffeur n’en revenait pas. Les teintes orangées et rosées du ciel, la fraîcheur de l’air en altitude, le silence… Tout était réuni. Sans doute le plus beau lever de soleil de ma vie. Un moment suspendu, irréel, dont le souvenir me donne encore des frissons à l'heure où j'écris ces lignes.



Après ce spectacle, j’ai entamé la descente à pied pendant près de deux heures et demie à travers les plantations de thé de Dambatenne. Seul au monde ou presque. Sur mon chemin, seulement le chant des oiseaux, quelques cueilleuses de thé à l’ouvrage — ces femmes qui, panier dans le dos, récoltent à la main les jeunes feuilles — et quelques ouvriers chargés d’entretenir les théiers.



Une marche hors du temps, dans une lumière matinale parfaite, au milieu de paysages vallonnés d’un vert intense. C’est difficile à décrire : cette sensation de liberté, ce calme absolu, cette immersion totale dans un décor aussi sublime. Cette randonnée reste sans hésitation l'un des souvenirs les plus marquants de mon voyage.



En contrebas, j’ai rejoint le village où se trouve l’usine de thé de Dambatenne, fondée par Sir Thomas Lipton en 1890 et encore en activité aujourd’hui (mais plus sous la licence Lipton). C’est l’une des plus anciennes fabriques du pays. La visite permet de mieux comprendre l’histoire du célèbre "thé de Ceylan", qui a remplacé le café à la fin du XIXème siècle après qu’une maladie a ravagé les plantations. Depuis, le thé est devenu une véritable richesse nationale qui s'exporte dans le monde entier. Mon guide m’a expliqué les différentes étapes de transformation ainsi que l’importance de l’altitude et du terroir : comme pour le vin, chaque région de l'île produit des thés aux arômes distincts. Ici, en altitude, les thés sont réputés pour leur finesse et leur complexité. J’ai aussi appris que des centaines de cueilleuses étaient chargées de ramasser 20 kg de thé par jour. Des conditions de travail très rudes.



De retour à Haputale, mon chauffeur de tuk-tuk m’a déposé au Cafe & Tea Sale Centre, où j’ai acheté plusieurs thés de la région — blanc, vert, aromatisé — pour mes proches et moi. L’accueil y était chaleureux, les prix justes, et la qualité au rendez-vous.



L’après-midi s’est déroulée plus tranquillement, entre repos et contemplation depuis la terrasse de ma chambre, avec, en contrebas, la voie ferrée où passaient de temps à autre un train. À la différence d’Ella, plus touristique, Haputale offre une atmosphère plus authentique, presque confidentielle. Un vrai terrain de jeu pour les amateurs de randonnée et de nature, où l’on prend le temps.



Le soir, j’ai dîné à nouveau au restaurant de mon hôtel, autour d’un excellent rice & curry végétarien, avant de goûter au curd, un yaourt traditionnel au lait de bufflonne, servi avec du treacle — un sirop épais issu de la sève de palmier. Une douceur sucrée simple et réconfortante, qui rappelle un yaourt nature agrémenté de miel.



Cette paisible soirée venait conclure en beauté ma parenthèse dans les montagnes du centre du Sri Lanka. L'ambiance était radicalement différente de celle du triangle culturel. Ici, l’air est plus frais, les paysages plus sauvages, et le rythme plus apaisé. Le thé, omniprésent, raconte une autre facette du pays, entre héritage colonial et savoir-faire local entretenu depuis des décennies.


Mais au-delà des paysages et des découvertes, ce sont surtout certaines images qui restent. Ce lever de soleil au Lipton’s Seat, cette descente solitaire au cœur des plantations de thé… En repensant à ces instants uniques, parmi les plus marquants du voyage, l’émotion reste intacte.


Et déjà, le voyage allait changer de dynamique une nouvelle fois. Je m’apprêtais, le lendemain, à prendre la route vers le sud de l’île, pour une toute autre atmosphère : entre plages, safari et ville fortifiée chargée d’histoire.

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